"15 à 20° de moins", "façade climatisée naturellement" : les promesses autour des plantes grimpantes sont nombreuses, mais rarement sourcées. Nous avons voulu vérifier, en allant chercher les études scientifiques publiées sur le sujet, ce que la recherche mesure réellement — et surtout, faire la distinction entre vigne vierge (Parthenocissus, à feuillage caduc) et lierre (Hedera helix, à feuillage persistant), deux plantes souvent confondues alors que leurs effets thermiques diffèrent nettement selon la saison.
Trois mécanismes physiques, pas un seul
Une plante grimpante ne "isole" pas un mur comme le ferait un panneau de laine de roche. Les chercheurs identifient trois mécanismes distincts, qui se combinent différemment selon l'espèce et la saison :
- L'ombrage — le feuillage intercepte le rayonnement solaire direct avant qu'il n'atteigne le mur, ce qui limite l'échauffement en été.
- L'évapotranspiration — l'eau évaporée par les feuilles absorbe de la chaleur et rafraîchit l'air au contact du mur.
- La lame d'air isolante — l'espace entre le feuillage et le mur agit comme une couche tampon qui ralentit les échanges de chaleur, été comme hiver, à condition que le feuillage soit présent.
C'est ce dernier point qui explique pourquoi le feuillage caduc de la vigne vierge (absent l'hiver) et le feuillage persistant du lierre (présent toute l'année) donnent des résultats très différents selon la saison — voir plus bas.
En été : un effet d'ombrage mesuré et documenté
Une étude de référence menée à l'Université de Reading a comparé plusieurs espèces grimpantes sur des murs expérimentaux identiques, en isolant la part d'ombrage et la part d'évapotranspiration dans le rafraîchissement obtenu :
- Le lierre (Hedera helix) a réduit la température de surface du mur de 7,3 °C en moyenne, un effet presque entièrement dû à l'ombrage (peu d'évapotranspiration).
- Le chèvrefeuille (Lonicera), également proposé dans notre sélection de plantes, a apporté 5,5 °C de rafraîchissement en moyenne.
- D'autres espèces testées (Stachys, Fuchsia, Jasminum, Prunus) montrent que la part d'ombrage et d'évapotranspiration varie fortement d'une plante à l'autre.
Une étude plus récente, publiée en 2026 dans la revue Atmosphere et menée par simulation numérique (CFD) sur une façade de référence, compare directement la vigne vierge (Parthenocissus tricuspidata) et le lierre (Hedera helix) selon l'orientation :
- La vigne vierge, grâce à sa densité de feuillage maximale en été (indice de surface foliaire ≈ 4,8), réduit la température de surface jusqu'à 22 °C sur une façade sud et 30 °C sur une façade ouest, dans les conditions extrêmes simulées par les auteurs.
- Le lierre, avec une densité de feuillage stable toute l'année (indice ≈ 3,7), apporte un rafraîchissement plus modeste mais constant, et se montre plus intéressant sur les façades nord.
Ces chiffres élevés proviennent d'une modélisation par simulation et représentent des conditions de canicule sur des façades très exposées — ils illustrent un ordre de grandeur et une tendance (vigne vierge plus efficace en ombrage estival massif, lierre plus stable), pas une promesse à reproduire telle quelle sur toutes les façades.
En hiver : l'avantage va au feuillage persistant
C'est ici que la distinction entre les deux plantes devient déterminante. Une plante à feuillage caduc comme la vigne vierge perd ses feuilles en hiver : la lame d'air isolante disparaît presque entièrement pendant la saison où le besoin de chauffage est le plus fort. Le lierre, lui, conserve son feuillage toute l'année, et c'est sur cette espèce que portent la plupart des études hivernales disponibles :
- À l'Université de Reading, une façade de lierre a permis une économie d'énergie de chauffage de 21 % la première année et jusqu'à 37 % la seconde année (feuillage plus dense), mesurée sur des murs expérimentaux chauffés à 16 °C, sur deux hivers particulièrement rigoureux au Royaume-Uni.
- À Vienne, une étude de terrain sur deux bâtiments résidentiels a mesuré une réduction du coefficient de transmission thermique (U) de 14 à 30 % selon la densité du feuillage de lierre, avec des surfaces murales 1,2 à 3 °C plus chaudes en hiver sous le feuillage que sur mur nu.
- À Manchester, une étude sur un mur nord en briques a mesuré des nuits 1,4 °C plus chaudes sous le lierre, des journées 1,7 °C plus fraîches (effet d'ombrage même en hiver), et une réduction d'environ 8 % des pertes de chaleur calculées par le mur.
Autrement dit : les gains d'isolation hivernale mesurés dans la littérature scientifique concernent principalement le lierre, pas la vigne vierge, précisément parce que cette dernière perd son feuillage à la mauvaise saison.
Un bénéfice supplémentaire, souvent négligé : la protection de la façade elle-même
Au-delà du confort thermique intérieur, des chercheurs de l'Université d'Oxford ont étudié l'effet du lierre sur la durabilité de la maçonnerie. En comparant des murs en pierre calcaire couverts de lierre et des murs nus sur deux hivers, ils ont mesuré :
- Une réduction de 26 % de la fréquence et de 34 % de la durée des épisodes de gel en surface du mur.
- Un écart de température diurne (entre le plus chaud et le plus froid de la journée) réduit de plus de 40 % sous le feuillage.
- En laboratoire, une perte de matière du calcaire réduite de 27 % sur les échantillons soumis au régime thermique "sous lierre" plutôt qu'au régime "mur nu".
Le feuillage agit comme une véritable couverture thermique qui lisse les écarts de température à la surface du mur, limitant l'usure liée aux cycles de gel/dégel — un bénéfice qui s'ajoute au confort thermique intérieur, particulièrement pertinent sur les façades anciennes ou en pierre.
Vigne vierge ou lierre : comment lire ces résultats concrètement
Ces études, prises ensemble, dessinent une répartition des rôles assez claire entre les deux plantes :
- La vigne vierge excelle en été, en particulier sur les façades sud et ouest les plus exposées au soleil, grâce à un feuillage dense qui limite la surchauffe de la façade — mais son effet s'efface en hiver.
- Le lierre apporte un bénéfice plus modeste en confort estival, mais reste actif toute l'année : c'est la seule des deux options qui contribue mesurablement aux économies de chauffage et à la protection du mur contre le gel en hiver.
C'est une des raisons pour lesquelles nous proposons la vigne vierge comme base de nos murs végétalisés pour les particuliers : elle offre une croissance rapide, une belle couleur automnale et un ombrage estival efficace, tout en restant compatible avec un habillage décoratif choisi selon votre exposition (nous orientons d'ailleurs certains choix de plantes, comme le chèvrefeuille, en fonction de la façade — voir notre guide par exposition). Le lierre, pour sa part, reste une option pertinente si la priorité est la performance hivernale ou la protection d'une façade en pierre ancienne — nous en discutons volontiers lors d'un échange sur votre projet.
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Découvrir la solutionSources
- Cameron, R.W.F., Taylor, J.E., Emmett, M.R. (2014). What's 'cool' in the world of green façades? How plant choice influences the cooling properties of green walls. Building and Environment, 73, 198–207. sciencedirect.com
- Cameron, R.W.F., Taylor, J., Emmett, M. (2015). A Hedera green façade – Energy performance and saving under different maritime-temperate, winter weather conditions. Building and Environment, 92, 111–121. sciencedirect.com
- Gherri, B., Rovetta, L., Matoti, S., Petraglia, A. (2026). Seasonal and Botanical Influences on External Thermal Performance near Green Façades: CFD Simulations on a Reference Building Envelope in a Humid Temperate Climate. Atmosphere, 17(4), 342. doi.org/10.3390/atmos17040342
- Pichlhöfer, A., Korjenic, A., Sulejmanovski, A., Streit, E. (2023). Influence of Facade Greening with Ivy on Thermal Performance of Masonry Walls. Sustainability, 15(12), 9546. doi.org/10.3390/su15129546
- Bolton, C., Rahman, M.A., Armson, D., Ennos, A.R. (2014). Effectiveness of an ivy covering at insulating a building against the cold in Manchester, U.K: A preliminary investigation. Building and Environment, 80, 32–35. doi.org/10.1016/j.buildenv.2014.05.020
- Coombes, M.A., Viles, H.A., Zhang, H. (2018). Thermal blanketing by ivy (Hedera helix L.) can protect building stone from damaging frosts. Scientific Reports, 8, 9834. doi.org/10.1038/s41598-018-28276-2
Article rédigé à partir de publications scientifiques à comité de lecture, à titre informatif. Les résultats varient selon le climat, l'orientation, l'âge et la densité du feuillage : ils ne constituent pas une garantie de performance pour un projet donné.